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Le vote blanc, vraie arme citoyenne?

Entretien avec Stéphane Guyot

"Je veux participer mais ce que vous me proposez ne me convient pas." La définition du vote blanc par Stéphane Guyot et son équipe est on ne peut plus claire. À l'heure où la défiance envers le monde politique semble à son paroxysme, les électeurs se retrouvent souvent désarmés quand il s'agit de prononcer leur désaccord. Ils privilégient l'abstention. Vous savez, ce grand chiffre qui est le plus prompt à sortir lors d'une soirée électorale. Beaucoup l'appellent "le premier parti de France." Le problème de l'abstention, c'est qu'il mélange dans une même soupe citoyens engagés mais désavoués et citoyens ne souhaitant simplement pas exercer leur droit de voter. "Et je peux vous dire qu'il y a un fort potentiel de votants blanc parmi les abstentionnistes, certifie Stéphane Guyot. En s'abstenant, les gens pensent être entendus. Au contraire, c'est une aubaine pour les élus."

"Un ras-le-bol général!"
À 48 ans, Stéphane Guyot se pose comme le candidat du vote blanc. À la tête d'un petit commerce qu'il tient avec sa soeur, ce papa parisien s'intéresse à la politique depuis toujours. C'est alors qu'en 1995, il se retrouve face à un choix draconien : Jacques Chirac ou Lionel Jospin. "Je me suis retrouvé dans l'incapacité de choisir entre deux candidats que je trouvais mauvais, tranche-t-il. Comme beaucoup, j'ai commencé à ne pas me sentir représenté." Sa réflexion a mûri lors des élections régionales de 2010 où il trouve une arme démocratique inutilisée. "Je me suis intéressé à cet outil car je sentais le ras-le-bol général, relate le candidat. J’ai créé mon association Les Citoyens du Vote blanc pour prouver que cet outil peut changer les choses s'il était majoritaire. Je n'ai rien inventé! Les hommes politiques ont creusé un trou et nous tombons tous dedans avec eux. Il faut sortir de cette spirale."

La loi de 2014, un trompe-l'œil

Son combat avance lorsqu'en 2014, une loi sur le vote blanc est séparé du vote nul, qui relève d'une erreur de manipulation. Mais cela ne va pas assez loin... "C'est un trompe-l'œil, lance le quadragénaire. J'ai suivi le cheminement de la loi à l'Assemblée ainsi qu'au Sénat. J'ai vu que les politiques avaient peur que le vote blanc ne les empêche d'être élus. Au Sénat, je me souviens d'un UMP (actuellement Républicains) qui n'était pas favorable à la loi. Pourtant, il interpellait ses confrères en disant que c'était un simulacre. On a menti légalement aux citoyens!"

Les parrainages, "un système mafieux"
Voilà pourquoi Stéphane Guyot a décidé de se lancer dans l'aventure présidentielle. Non pas pour être élu mais pour être entendu. Avec Charlotte Marchandise-Franquet ou Alexandre Jardin, il fait partie de ceux que l'on surnomme "les petits candidats". Ces derniers vont par ailleurs prochainement se donner rendez-vous. Son idée est de contourner le vote blanc réglementaire et inventer le candidats du vote blanc. Quand on vote blanc, on vote pour lui. Et s'il gagne, il démissionne. Le message sera passé. Mais à l'instar de ses collègues, il se heurte au mur des parrainages. "On est dans un système mafieux, lâche le candidat du vote blanc. Certains nous l'ont promis. D'autres veulent simplement la paix. D'autres encore m'ont raconté que c'était truqué. Enfin, il y a celles et ceux que ça n'intéresse pas. Nous sommes dans une église."

Si le vote blanc était (enfin) reconnu...
Face à la difficulté de se faufiler dans la campagne, Stéphane Guyot et son équipe ont lancé quelques initiatives comme l'opération "mail blanc" qui permet d'envoyer anonymement un mail intitulé "Ce mail est virtuel, le vote blanc ne doit plus l'être" à l'un des 36 000 élus de France. Plus de 160 000 mails ont d'ores et déjà été envoyés. "On sent que les actes citoyens montent dans ce pays, analyse-t-il. Les politiques sont les mêmes qu'il y a quarante ans, les gens s'en rendent compte. Ils nous trahissent depuis longtemps et ce ras-le-bol profite à Marine Le Pen. Malheureusement, on est dans une culture du voter pour quelqu'un à tout prix. Comme si l'on était incapable de survivre sans élu."

D'après lui, la plupart des candidats, petits et grands, sont favorables à la reconnaissance du vote blanc, à l'exception de François Fillon qui ne s'est pas exprimé. Si l'acte suit la parole, Stéphane Guyot est clair : "on disparait". Mais, comme on le sait tous, l'acte met bien plus de temps à venir que la parole...