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Accompagner la souveraineté populaire effective


De février à fin aout 2017, l’IRG a dédié son blog aux innovations démocratiques sous le titre « les élections à la maison ». L’objectif étant de faire état de leur diversité à partir du récit des acteurs, de comprendre les besoins auxquels ces initiatives répondaient et selon quelles modalités. Ce faisant, les différents billets avaient également pour objectif d’éclairer les enjeux soulevés par les débats électoraux en France. Ainsi, nous nous sommes humblement attelés à mettre en lumière différents points de vue (y compris ceux qui se distinguent des nôtres) afin de mieux illustrer les attentes et les besoins qui s’expriment derrière le mécontentement que ce soit vis à vis de l’Europe, du lien social, des solidarités, des élus, de « l’État » et de la démocratie ainsi que les réponses proposées, notamment par les citoyens eux-mêmes. Il est important de remettre chaque chose en son contexte et rechercher en quoi ces expériences peuvent aider à recoder, ou pas, l’ADN de notre démocratie. Informer sur ces inspirations nouvelles, c’est aussi reconnecter les citoyens avec les grands défis auxquels nous devons répondre collectivement et surtout sortir d’une analyse en termes de crise pour une analyse en termes de mutation. C’est ramener les élections à la maison, et c’est surtout faire partir chaque élection future de la maison. C’est accompagner la souveraineté populaire effective (et active) comme fondation de notre démocratie.

La campagne pour l’élection présidentielle et les législatives aura démontré deux besoins contradictoires du peuple français : la volonté de changement démocratique et le confort d’une situation connue, voire la sécurité dans le conservatisme exacerbé. Si le choix d’Emmanuel Macron caractérise assez bien ce tiraillement, il maintient clairement à distance le citoyen des décisions finales. Toutefois, nous avons pu voir que le travail a d’ores et déjà commencé à l’échelle locale. Lors de notre entretien avec le maire de Saillans, Vincent Beillard, nous avons pu constater que la démocratie locale pouvait faire bouger les lignes. Ce village de la Drôme a, en effet, choisit de vivre de la démocratie participative et collégiale depuis les élections municipales 2014. Un collectif de citoyens s’est ainsi présenté pour contester le manque total de transparence par l’équipe précédente. Depuis, Saillans vit de commissions thématiques et de groupes d’action-projet. L’ADN et la légitimité de la démarche réside dans la collégialité.

A l’échelle nationale, le contexte de défiance envers les politiques alimente depuis plusieurs mois ou années l’émergence d’initiatives citoyennes. Charlotte Marchandise-Franquet, qui s’est présentée à l’élection présidentielle sans avoir pu obtenir les 500 parrainages, nous a parlé d’un « ras-le-bol des citoyens » envers une politique totalement sclérosée. Même constat pour le PolittY Blog qui regrette l’immobilisme politique et ce que cela implique pour les nouvelles générations. Un immobilisme ambiant qui a motivé le manifeste d’Osons #LesJoursHeureux. Le collectif a ainsi tenté de mobiliser les forces politiques de gauche à travers 25 propositions concrètes. Toutefois, le rassemblement tant espéré n’ayant pas fonctionné, nous pouvons nous interroger si le peuple français est véritablement prêt à tourner la page. Si l’on en croit la psychothérapeute Françoise Tachker-Brun, les Français « ont toujours ce besoin d’une figure tutélaire toute puissante » et, s’ils sont sensibles à l’émergence de nouvelles pratiques, ils leur préfèrent toujours le confort d’une situation qu’ils connaissent. C’est pourquoi il sera difficile d’entreprendre de grandes réformes, notamment écologiques. Pourtant, des pas vers la participation citoyenne ont clairement été réalisés. Ces initiatives posent probablement les jalons de futurs succès citoyens. En dépit de la COP 21 et de la présence de Nicolas Hulot dans un grand ministère de l’Environnement, Bruno Villalba nous rappelle à quel point transition écologique et démocratique ne font pas forcément bon ménage : « Tant que nous serons dans un contexte de compétition des territoires, l’écologie ne sera pas une priorité. »

« Les élections à la maison » ont permis de montrer que les initiatives citoyennes sont pléthores mais qu’elles ne trouvent pas forcément un écho systémique en termes de transformation de notre ADN démocratique. La solution se trouverait donc davantage dans le local où la concrétisation de celles-ci s’avèrent décisives. Mais que ce soit dans les espaces politiques locaux, nationaux ou européens, ce qui est attendu et ce qui se met en place sont des pratiques du pouvoir-en-commun et des horizons de sorties, certes restreints mais existants, du modèle néo-libéral. Les citoyens qui réinvestissent une citoyenneté active le font dans une perspective volontaire et trouvent des solutions à leur problème et bien souvent souhaitent recréer du lien social avant tout. De ce point de vue, les innovations sociales en matière de solidarité au niveau local ouvrent une pensée possible d’un modèle de cohésion sociale nouveau. Enfin les jeunes de la génération Y qui se désintéressent de plus en plus du mode de vie dit moderne ou inventent avec les outils de leur temps de nouvelles modalités démocratiques. La mutation de la démocratie n’ira pas sans celle du traitement de l’information et de la mutation des médias les citoyens actifs sont plus difficiles à satisfaire que les citoyens consommateurs.