Vous êtes ici

Block title
Block content

Un tour de France pour l’Europe, ils l’ont fait!


Un besoin d’Europe ressenti sur le terrain
Mardi 18 avril 2017. La fin de six mois d’aventure à travers la France. Amis depuis le lycée, Ariane Forgues et Baptiste Enaud font partie de cette génération particulièrement touchée par les valeurs européennes. L’un étudie les Sciences historiques et a forgé ce sentiment européen lors d’un séjour Erasmus en Grèce. L’autre est fille d’expatriés et s’est vouée aux Affaires européennes pendant deux ans à Londres et Paris.

Près de 250 villes en 6 mois

« Nous partageons l’idée que le projet européen vaut le coup », assume Ariane. « C’est en suivant tout le déroulé du débat pour ou contre le Brexit au Royaume-Uni que nous nous sommes interrogés. Nous avions envie de demander l’avis aux Français autrement que via un référendum qui limite par un oui ou un non. C’est pourquoi nous avons souhaité donner une carte blanche aux habitants, leur demander comment ils voyaient l’Europe et ce qu’ils aimeraient y retrouver. » Grâce à un financement participatif efficace et à des fonds divers, le duo a donc parcouru près de 250 villes en 6 mois! Et l’expérience réserve son lot de surprises…

« Les gens souhaitent une autre Europe »
« Nous avons été surpris de voir à quel point il y avait une envie d’Europe contrairement à ce que laissent entendre les médias », résume la Lilloise. « Les gens s’avouent assez souvent déçus mais restent ouverts au débat. Nous avons croisé beaucoup d’anti-européens qui n’étaient pas fermés à la discussion. Il est évident que l’Europe ne satisfait pas mais beaucoup veulent qu’elle avance. Ils souhaitent une autre Europe. » Sur près de 5000 personnes interrogées, les deux amis ne se heurtent qu’à une dizaine de récalcitrants. « Un jour, un couple a spontanément été sonner chez tous les voisins pour venir débattre de l’Europe », s’amuse Ariane. « Une gérante de café ne pouvait pas nous héberger mais a tenu à lancer une discussion générale avec tous ses clients! »

« Le principal problème : la communication »
De ces débats, des idées sont sorties. Certaines plus originales que d’autres comme l’apparition d’un QR Code dans tous les pays d’Europe pour facilité la traçabilité des produits alimentaires. Toutefois, ce brainstorming géant a mis la lumière sur l’une des plus grandes faiblesses de l’Europe : la communication. « Certains ont émis le souhait d’une plateforme en ligne pour mettre en commun les groupes scolaires européens », énumère l’étudiante. « Nous nous sommes aperçus que ça existait déjà. D’autres voulaient un festival européen. Nous avons vu qu’il y en avait un en Vendée. Nous nous sommes aperçus que le principal problème, c’était la communication. Beaucoup voudraient plus d’Europe dans les médias, davantage de reportages à des heures de grande écoute. Les brochures ne suffisent plus! » Tout au long du débat pour l’élection présidentielle, la question européenne a pris du poids. « C’est bien qu’on en parle car cela n’a pas toujours été le cas », note Ariane. « Malheureusement, la majorité des candidats était eurosceptique. On voit qu’il y a un gros travail de pédagogie à faire. Et c’est le rôle des représentants politiques. Or, la classe politique utilise l’Europe comme bouc émissaire. »

Macron/Le Pen : 2 visions de l’Europe qui se vérifient sur le terrain ?
La preuve en est, la qualification de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron pour le second tour. Deux visions radicalement différentes sur la question. « Ça ne symbolise pas ce qu'on a vu sur le terrain », nuance Baptiste Enaud. « L’enjeu n’est pas de quitter l’Europe mais d’y rester tout en la changeant. Le but est une meilleure Europe. Quelques points se retrouvent dans les programmes comme l'enjeu des frontières et l'ouverture au monde. Mais c'est loin d'être aussi binaire. » Pour sa collègue, toutefois, le duel du second tour symbolise assez significativement ce qu’ils ont pu récolter. « Nous avons constaté deux visions qui s’opposaient, estime Ariane. Ceux qui étaient a priori hostiles contre ceux aux tendances fédéralistes. Mais au final, les deux se rejoignent. Les derniers développements de la campagne d'entre-deux-tours montrent l'importance de l'amélioration de l’Europe. D’ailleurs, le flou artistique de Marine Le Pen concernant la sortie de la zone euro et de l'UE,  montre qu’elle a réalisé qu'on ne pouvait gagner une élection en France sur le démantèlement du projet européen. Emmanuel Macron n'a pas, lui, été contraint d'euroscepticiser ses propositions pro-européennes.»

« Rien ne nous différencie, nous sommes citoyens de la même Europe »
Outre les discussions sur le terrain, Ariane et Baptiste ont pu constater, durant leur périple, le fonctionnement de coopérations transfrontalières. « Nous avons visité l’hôpital franco-espagnol de Cerdagne où médecins et patients viennent des deux côtés de la frontière », explique l’étudiante en Affaires européennes. « C’est un très beau projet de collaboration où les deux systèmes de carte vitale sont acceptés. Sur le même ton, nous avons logé à Bâle, sondé des citoyens à Huningue, à la frontière franco-suisse, ou déjeuner en Allemagne ou au Luxembourg. C’est là que nous constatons ce que l’Europe signifie : rien ne nous différencie, nous sommes citoyens de la même Europe. »